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Colette, une femme libre

Télévision

Marie Trintignant, interprète et co-scénariste de Colette, une femme libre


"Une éternelle amoureuse"

Quand Marie Trintignant rencontre Colette...

Interview réalisée le 16 juillet 2003, sur le tournage du film.

Que connaissiez-vous de l’œuvre de Colette ?
J’ai commencé à lire les Claudine vers 13-14 ans. Mais ce sont loin d’être mes romans préférés. Ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai découvert ses autres livres qui, selon moi, sont chronologiquement de plus en plus beaux.

Pourquoi avoir choisi Colette ?

Colette a eu une vie très romanesque : elle était à la fois écrivain, comédienne, journaliste, danseuse, mime... Elle nous plaisait.

En quoi ?

Elle n’avait pas peur. D’écrivain respecté, elle est devenue une comédienne. Ce qui n’était pas facile à une époque où exercer plusieurs métiers était quelque chose de très mal perçu. Sans compter que bon nombre de ses pièces étaient des bides noirs ! Il fallait quand même du courage pour assumer ça. Au niveau du style, je pense que Colette était vraiment une grande écrivain. En tant que mime, d’après les critiques, elle avait quelque chose... En revanche, elle ne devait pas être une immense comédienne. Mais elle a été une grande journaliste, l’une des premières à ne pas raconter spécialement le fait mais à s’attacher à l’effet qu’il produisait sur les autres.

Le film retrace 20 ans de la vie de Colette. Qu’est-ce qui a orienté ce choix ?
A la fin de sa vie, Colette est devenue une dame “honorable” à qui l’on a remis un tas de médailles. Le personnage devenait tout de suite moins cinématographique. Et puis, passé un certain cap, le vieillissement au cinéma, c’est prothèses et compagnie (rires) !

Vous avez écrit le scénario de ce film avec votre mère, Nadine Trintignant. Comment s’est déroulée cette écriture à quatre mains ?
C’est très difficile d’écrire sur la vie de quelqu’un : il y a de vrais moments de doute sur le choix de la voie à prendre. Nous voulions d’abord respecter la trajectoire de sa vie et mettre en lumière le rapport de son écriture avec sa vie de femme. Dans un premier temps, nous avons toutes les deux lu les biographies de Colette. Après avoir fait une sorte de plan de séquences, nous nous sommes attaquées aux dialogues. Lorsque nous étions loin l’une de l’autre, nous communiquions par mails : je dialoguais une scène que je lui envoyais ; Nadine travaillait dessus et ainsi de suite. Cette méthode permettait d’avoir un regard neuf sur l’écriture de l’autre. Et puis, quand nous étions à Paris, nous écrivions ensemble, nous faisions bureau commun... Un travail de deux ans !

Aviez-vous toujours la même vision des choses ?

Non, pas toujours. Et cette divergence était enrichissante : elle nous permettait de longuement discuter. Mais comme elles ne se contredisaient pas toujours, deux visions différentes pouvaient être reflétées dans une même scène. Mais il y a aussi des défauts que nous avons en commun (rires) !

Lesquels ?

Celui de ne pas oser pénétrer dans la gravité des choses, de zapper là où, au contraire, il faudrait rentrer dans le flanc. En ce qui concerne les histoires d’amour, les chagrins du personnage, nous avions toutes les deux tendance à rendre les scènes plus légères. Mais comme il y avait un déclin évident du personnage, il fallait aller jusqu’au bout et ne pas passer à côté de certaines choses.

Pour vous, qui était Colette ?

Une petite paysanne devenue une grande écrivain. Mais aussi une éternelle amoureuse...L’amour occupait une place essentielle dans sa vie...Colette a beaucoup aimé mais aussi souffert. Je ne comprends pas comment la grande provocatrice qu’elle était est parvenue à supporter tout ce qui lui est arrivé en amour. Elle a eu une patience... Parler de masochisme serait sans doute abusif. Quoique... Au bout d’un moment, on a beau lui trouver des excuses, on ne peut pas s’empêcher de se dire qu’elle est allée parfois très loin. Rien que le fait de rencontrer les maîtresses de ses maris est signe d’une certaine perversité. Colette devait être une femme très dure.

Vous éprouvez de la sympathie pour ce personnage ?

Je la défends, tout simplement. Je la vois comme elle était, avec ses qualités et ses défauts. Colette, on ne pouvait pas la rendre seulement sympathique. Nous avons toujours essayé d’être justes avec les différents personnages, de ne pas sombrer dans le manichéisme. Pour les personnages masculins, nous voulions vraiment tirer le meilleur d’eux-mêmes, rendre leurs défauts émouvants. Il était inutile d’enfoncer davantage Willy, par exemple. C’était un menteur-né mais sa fragilité était de ne pas pouvoir s’en empêcher.

Est-ce que la vie de Colette peut être considérée comme un modèle ?

Sa vie est un modèle. Un modèle de courage. C’est une femme partie de rien qui est arrivée à l’Académie de Bruxelles. Maintenant, c’est vrai que Colette n’est pas un exemple à tous les niveaux.... Mais peu de gens le sont, non ?

Qu’avez-vous appris sur elle ?

Beaucoup d’entre nous doivent avoir une fausse idée des rapports que Colette entretenait avec sa mère. Alors qu’on la croyait exceptionnelle, leur relation était très étrange : Colette a longtemps souffert de l’amour que Sido portait à son fils aîné, Achille. Ce n’est qu’après sa mort que Colette est parvenue à se “réapproprier” sa mère. C’est très troublant. Quand on lit les lettres de Marguerite Moreno, on se dit aussi que Colette devait être une amie formidable.

Est-ce compliqué d’être à la fois scénariste et comédienne sur un même film ?

C’est drôle mais il y a des choses à jouer qui m’embêtent vraiment ! En écrivant, je ne pensais pas au tournage. Parfois, quand je relis une scène, je me dis “hum... maintenant, il va falloir la jouer !”

Il vous arrive alors de modifier le texte ?

Oui, mais ça, je le fais tout le temps : je suis toujours en proposition ! Sur ce film, peut-être encore davantage. Et les autres acteurs n’hésitent pas non plus à le faire. Quand on est dans l’urgence et l’évidence de jouer une scène, il arrive que le comédien trouve qu’une réplique ne passe pas. Devant la caméra, on est traversé d’un éclair qu’il est impossible de ressentir avant. Wladimir est allé nous chercher des phrases qui figuraient dans les tous premiers scénarios et qu’on avait fini par retirer. Il a eu raison car elles sonnaient justes dans la bouche de son personnage. Moi, il y a un tas de choses que je réécris dans mon texte... A chaque fois, je fais craquer Nadine qui me demande “Mais qui a écrit ça ?” ! Tant qu’on n’a pas dit “moteur” et qu’une scène n’est pas mise en boîte, pourquoi se priver de faire évoluer les textes ? On peut toujours s’améliorer, jusqu’au dernier moment. Matisse ne continuait-il pas à peindre ses toiles exposées dans les musées ?

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